Jeudi 22 octobre 2026, Sylvie Bonnet et Antoine Vermorel, députés de la Loire, ont effectué une visite chez ISTP et à l’Institut Régional Universitaire Polytechnique(IRUP, IRON et IOMI) à Saint-Étienne. Une rencontre consacrée aux enjeux de formation, de développement des compétences et d’accompagnement des grandes transformations de notre économie.
Départs à la retraite, réacteurs prolongés, EPR2 : le nucléaire recrute des ingénieurs
Le nucléaire recrute-t-il encore des ingénieurs ?
Oui, et sur la durée. Les industriels du nucléaire français évaluent leur besoin à environ 100 000 recrutements en dix ans, dont la moitié pour remplacer des départs [1]. Le 22 octobre 2026, l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR) a indiqué ne pas voir, en l’état des connaissances, d’obstacle à l’exploitation des réacteurs au-delà de 60 ans [2]. Ajoutée à la construction de six réacteurs EPR2 [3], cette perspective ouvre des postes d’ingénieur en sûreté, en exploitation et en conduite de projet bien au-delà de 2030.
Pourquoi tant de départs à la retraite dans le nucléaire ?
La filière vieillit, en France comme ailleurs. Dans le monde, un quart des effectifs du nucléaire a plus de 55 ans, selon le World Nuclear Association dans une tribune du 23 octobre 2026 [4]. La même tribune rappelle l’estimation de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) : environ quatre millions de professionnels du nucléaire seront nécessaires d’ici 2050.
En France, le Groupement des industriels français de l’énergie nucléaire (GIFEN) chiffre précisément cet effet. Dans la mise à jour 2025 de son programme MATCH, la moitié du besoin de recrutement correspond au renouvellement des départs, l’autre moitié à la croissance de l’activité [1]. La tribune de la World Nuclear Association insiste sur un point : former des techniciens ne suffit pas. La filière manque aussi de personnes capables de diriger des projets et des équipes [4]. C’est précisément le rôle de l’ingénieur.
Prolonger les réacteurs au-delà de 60 ans, qu’est-ce que cela change ?
La France exploite 56 réacteurs électronucléaires de deuxième génération [2]. Le 22 octobre 2026, l’ASNR a ouvert une consultation du public sur les perspectives de poursuite de leur fonctionnement au-delà de 60 ans. Elle y présente un projet d’avis : l’autorité n’a pas identifié, en l’état des connaissances, d’obstacle à cette poursuite. L’ASNR précise que plusieurs sujets techniques demandent encore des travaux conséquents de la part d’EDF. Sa position sur chaque réacteur dépendra des résultats des réexamens périodiques de sûreté. La consultation reste ouverte jusqu’au 2 décembre 2026.
Pour l’emploi, la conséquence est directe. Un parc exploité plus longtemps demande des ingénieurs pour conduire les réexamens de sûreté, préparer les modifications, suivre le vieillissement des matériels et organiser la maintenance.
Combien de personnes la filière nucléaire va-t-elle recruter ?
Le GIFEN estime le besoin à environ 100 000 équivalents temps plein sur dix ans, soit de l’ordre de 10 000 par an [1]. Ces chiffres portent une marge d’incertitude d’environ 15 %, en plus ou en moins. La filière compte près de 2 000 entreprises et environ 250 000 emplois ; elle pourrait atteindre environ 300 000 équivalents temps plein en 2035. Pour les ingénieurs, les exploitants, qui pilotent leurs grands projets, sont très présents parmi les employeurs des métiers les plus demandés [1].
Le programme EPR2 soutient cette demande. EDF prévoit six réacteurs sur les sites de Penly, Gravelines et Bugey, ce dernier situé dans l’Ain. La décision finale d’investissement est visée pour fin 2026 et la mise en service du premier réacteur, à Penly, pour 2038 [3]. Une étudiante ou un étudiant qui entre en formation d’ingénieur en 2027 arrivera donc sur le marché du travail au moment où ces chantiers monteront en puissance.
Quels postes d’ingénieur se libèrent dans le nucléaire ?
Le GIFEN cite les métiers d’ingénieur où les besoins de recrutement sont les plus forts [1] :
- Chef de projet : coordonner les études, les fournisseurs, les délais et les coûts d’un chantier ou d’une modification.
- Ingénieur mécanicien : concevoir et justifier les équipements, suivre leur fabrication et leur vieillissement.
- Ingénieur sûreté nucléaire : analyser les risques, vérifier la conformité des installations et préparer les dossiers pour l’autorité de sûreté.
- Ingénieur génie civil : concevoir et suivre les ouvrages, très sollicités par les nouveaux réacteurs.
- Ingénieur contrôle-commande : concevoir et maintenir les systèmes qui pilotent et surveillent l’installation.
- Contrôleur certifié en essais non destructifs : vérifier l’état des soudures et des matériaux sans les détériorer.
Tous ces postes demandent une même base : la rigueur, le respect des procédures, la culture du risque et la capacité à travailler avec des équipes pluridisciplinaires.
Quelle formation pour devenir ingénieur nucléaire en alternance ?
La voie la plus directe est un diplôme d’ingénieur de spécialité nucléaire, reconnu par la Commission des titres d’ingénieur (CTI). Après un Bac+2 scientifique ou technique, il se prépare en trois ans, sous statut étudiant ou sous contrat d’apprentissage. En apprentissage, l’élève est salarié d’une entreprise de la filière et alterne périodes en entreprise et périodes de cours.
ISTP propose la formation d’ingénieur Génie Nucléaire en trois ans sous contrat d’apprentissage. C’est une formation en partenariat avec Mines Saint-Étienne, reconnu par la CTI et préparé en convention avec l’Institut national des sciences et techniques nucléaires (INSTN). L’ambition est de préparer des ingénieurs capables d’intervenir sur toutes les phases de la vie d’une installation nucléaire, civile ou militaire – qu’elle soit destinée à la production d’énergie ou au cycle du combustible.
Ce positionnement large reflète la réalité d’une filière qui mobilise les mêmes compétences d’ingénierie de la conception à l’exploitation, jusqu’au démantèlement. Les élèves ingénieurs peuvent intervenir sur les domaines techniques de procédés, environnement, sûreté, sécurité, radioprotection…
Pour accompagner les industriels avec des parcours professionnalisants connectés aux enjeux d’aujourd’hui et de demain, le Pôle nucléaire intègre également les nouveaux besoins de la filière : digitalisation des opérations, robotique appliquée, nouveaux réacteurs et évolution des installations.
Ces dimensions accompagnent la transformation des métiers de l’ingénierie nucléaire, où l’exécution industrielle et l’innovation technologique vont désormais de pair.
Questions fréquentes
Le nucléaire recrute-t-il seulement chez EDF ?
Non. Le GIFEN a identifié 1 830 entreprises impliquées dans le nucléaire : exploitants, grands groupes, ETI, PME et TPE. La plupart ont aussi des activités dans d’autres secteurs ; en moyenne, le nucléaire représente 20 % de leur chiffre d’affaires [1].
Un ingénieur nucléaire travaille-t-il forcément dans une centrale ?
Non. La filière couvre aussi l’ingénierie et les études, la fabrication d’équipements, la construction, le cycle du combustible, la recherche et le démantèlement [1]. Une partie des postes s’exerce en bureau d’études ou sur des chantiers, loin des salles de commande.
Quel profil pour entrer en formation d’ingénieur nucléaire en alternance ?
Chez ISTP, la formation Génie Nucléaire s’adresse notamment aux titulaires ou étudiants d’un BUT, d’un BTS, d’une L2 ou L3 scientifique, d’une licence professionnelle ou d’une classe préparatoire. Il faut avoir moins de 30 ans, sauf dérogations. Le détail figure sur la page formation.
Sources
- « Résultats clés de la version 2025 du programme MATCH », GIFEN (Groupement des industriels français de l’énergie nucléaire), novembre 2025, gifen.fr
- « Perspectives de poursuite du fonctionnement des réacteurs d’EDF au-delà de 60 ans : l’ASNR consulte le public », ASNR (Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection), asnr.fr
- « EDF shares its forecasted cost estimate of the EPR2 programme for €72.8bn », EDF, communiqué du 18/12/2025, edf.fr.
- « Viewpoint: Four million workers won’t be enough without the right leaders », Isis Leslie, World Nuclear Association, World Nuclear News, 23/10/2026, https://www.world-nuclear-news.org/articles/viewpoint-four-million-workers-wont-be-enough-without-the-right-leaders